Parole à Maurice Nsase Soki, Association Forêt pour le Développement Integral (FODI)
1. Pourriez-vous nous présenter votre association en quelques mots : comment elle est née, ses combats, ses moyens d’action ?

Le COCREFOBA, maintenant renommé « Forêt pour le développement Intégral » (FODI) est née de la prise de conscience de certains leaders du secteur des Bakanos au regard de la destruction de la forêt par l’extraction minière à l’époque, le coltan et de l’extermination des espèces rares comme les gorilles et les chimpanzés suite à la commercialisation de leurs bébés ou la manducation de leur chaire. FODI combat pour la défense des droits des communautés forestières et la protection de l’environnement global. Pour y arriver FODI organise des séances d’éducation environnementale à travers les différents villages des futures concessions des forêts des communautés locales ainsi qu’à travers les émissions radio au niveau de chef lieu de Territoire de Walikaale.

2. Pourriez-vous nous décrire brièvement la situation environnementale dans votre pays ? (zone rurale et zone urbaine)

La République Démocratique du CONGO, mon pays, est couverte à plus de 75% par la forêt. En milieu rural, les forêts sont majoritairement primaires. Les forêts secondaires se retrouvent autour des villages ou dans des sites ayant abrités l’exploitation minière. Les populations rurales vivant essentiellement des produits tirés de la forêt. Les communautés forestières sont souvent victimes d’expropriation de leur terroir par les hommes d’affaire du secteur forestier et les grandes organisations de conservation qui avec la complicité de certain dirigeants créent des aires protégées sans consulter les communautés environnantes et dont la survie dépend de l’utilisation de ces ressources.
Les zones urbaines souffrent du manque de plan d’aménagement urbain, et cela fait que la gestion des déchets et la canalisation d’eau posent toujours des problèmes.

3. Pourriez-vous nous présenter et nous expliquer les problèmes ou drames environnementaux qui vous semblent les plus préoccupants actuellement dans votre pays ?

Les drames environnementaux qui préoccupent notre pays sont d’abord l’exploitation industrielle de bois et en suite la carbonisation pour la recherche des braises à utiliser dans les ménages comme combustibles. Il y a lieu également de signaler l’agriculture itinérante sur brûlis pratiquées dans toutes les zones forestières.

4. Quelle relation établissez-vous entre aide au développement humain et protection de l’environnement ?

Entre l’aide au développement humain et la protection de l’environnement, il existe un fossé incommensurable. Nous observons sur le terrain des milliers des dollars destinés à l’aide au développement être déversés sans incidence réelle sur la vie des pauvres populations. Il en est de même des fonds accordés à certaines organisations internationales de conservation qui au lieu de travailler pour le bien être des peuples forestiers, elles finissent leur budget dans des ateliers, des frais de séjours et de communication alors que les pauvres agents qui se chargent du suivi au quotidien de l’état des forêts n’ont presque rien comme salaire pour assurer leur survie.

5. Pouvez-vous nous présenter votre projet de protection de la faune (gorilles, chimpanzés)

Notre projet de protection de la faune (gorilles et chimpanzé), vise à faire le suivi au quotidien de ces espèces qui ont échappées à la chasse afin d’assurer et de garantir leur survie. Le suivi consiste également à les habituer à la présence humaine pour des fins touristiques. Les revenus issus du tourisme aux gorilles pourront contribuer à appuyer les travaux de monitoring de ces espèces ainsi que le développement local. Ce monitoring des gorilles et des chimpanzés est fait par les membres des communautés locales qui en même temps détruisent lors de leur passage les pièges qui pourraient endommager la vie physique de ces espèces menacées d’extinction. Dans son encadrement des communautés et dans la gestion des leurs forêts communautaires, le monitoring considère les gorilles et les chimpanzés comme des espèces phares, mais le prélèvement abusif des autres espèces animales est aussi prohibé par le règlement de gestion commune des ressources.

6. Pouvez-vous nous parler de vos projets ? Quels investissements matériel et technique ? Quels résultats ?

FODI est entrain d’asseoir un site pilote des forêts des communautés locales constitué des quatre futures concessions des forêts des communautés locales. Ces futures concessions des forêts des communautés locales sont les suivantes : BANISAMASI, BANANZIGHA, BASENGELE et BAFUNA BONGWE en collectivité des BAKANO, Territoire de Walikaale, Province du Nord-Kivu en RD CONGO. Ces quatre futures concessions forestières des communautés constituent un massif forestier d’environ 90.000ha et leur subdivision est issue d’une longue consultation communautaire basée sur la cartographie de droits de propriété coutumière en fonction de l’ascendant commun. Les travaux de microzonage avaient permis de dégager de manière participative les différentes zones d’utilisation des terres par les communautés. Les zones définies sont les suivantes : la zone agricole, la zone d’exploitation minière, zone de prélèvement des produits forestiers non ligneux et de chasse, les zones sacrées pour des rituelles traditionnelles, les zones touristiques ainsi que les zones à conservation intégrale pour servir de stock du carbone forestier. Pour bien comprendre tout ce que nous avons déjà réalisée et ce que nous comptons réaliser nous avons déjà élaboré un plan de gestion pour cinq ans des futures concessions forestières, vous pouvez le demander à mauricensase@yahoo.fr, foret_developpement@yahoo.fr, foretdeveloppement@googlemail.com

Sur le plan matériel, FODI utilise trois GPS, un Ordinateur Desktop, les machettes, casseroles et gobelet des membres des communautés locales. Techniquement deux agents de FODI avaient été formés en cartographie participative par le Réseau CREF et avaient bénéficié de la formation sur la vulgarisation du code forestier.
En termes de résultats, nous sommes déjà parvenus à identifier trois familles de gorilles de quatre, six et douze individus , nous avons déjà organisé un voyage d’échange en foresterie communautaire en Tanzanie, produit quatre draft de cartes de droits de propriété coutumière, un atelier d’élaboration du plan de gestion, quatre ateliers de microzonage, produit dix-sept cartes d’utilisation communautaire des ressources etc.…

7. Comment la sphère publique perçoit-elle vos actions ? De quelle nature vous soutient-on ?

La sphère publique perçoit nos actions de bonne manière car elles sont porteuses d’espoir pour ces peuples de forêts qui accèdent difficilement à l’information et aux services offerts par les organisations internationales. Elles nous soutiennent moralement, et même matériellement. Très souvent lors de nos voyages sur le terrain, les communautés nous logent et nous donnent à manger. Elles acceptent de travailler parfois bénévolement pour la cause environnementale.

8. Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez actuellement pour permettre aux idées écologistes de progresser dans votre pays ?

Parmi les problèmes que nous rencontrons et qui empêcheraient les idées écologiques d’avancer dans notre pays, nous pouvons citer :
1) Le cadre légal, le code forestier de notre pays a été promulgué en 2002 mais jusque-là, des mesures d’application de certaines dispositions tardent toujours à venir, surtout celles qui concernent les intérêts des communautés forestières ; je fais allusion aux décrets sur les forêts des communautés locales.
2) La culture : les femmes en tant qu’actrices dans la gestion de l’environnement n’ont pas assez d’espace dans les cercles des grands aux villages afin qu’elles puissent participer à la gestion des forêts. En Tanzanie par contre ce sont les femmes qui sont utilisées dans le monitoring des ressources forestières.
3) Difficulté d’accéder au financement extérieur soit par manque d’information sur les opportunités de financement soit par mauvaise foi des organisations internationales qui mettent en doute notre capacité de bonne gestion sans l’avoir essayée. Le peu de moyens que nous recevons localement ne sont pas toujours suffisants pour nous permettre d’aboutir à des bons rendements.
4) Notre gouvernement lui-même ne donne pas d’appui aux organisations de la société civile environnementale, certains agents se transforment parfois en rançonneurs et cela nous cause assez de peines.

9. Quelles sont vos relations avec les autres associations écologistes de votre pays ? Avec d’autres associations dans le monde ?

Nos relations avec les associations écologistes de mon pays sont au beau fixe, FODI est membre d’un Réseau CREF, qui est un réseau provincial. FODI supervise pour le compte du Réseau CREF, les activités réalisées par les autres membres du Territoire de Walikale. Au niveau du Monde FODI entretien des relations avec Rain forest foundation Norvège à travers Réseau CREF. Nous souhaiterions élargir nos contacts à travers le monde afin que nous maximisions nos chances dans l’atteinte de nos objectifs et accomplissement de nos tâches résumées en gestion rationnelle des ressources naturelles au service du développement local dans le respect des droits traditionnels des communautés locales.

10. Si vous avez d’autres points que vous souhaitez évoquez, n’hésitez pas à vous exprimer !

FODI voudrais élargir son partenariat à travers le monde. Nous avons besoins de l’appui technique, financier et même de mise en relation avec d’autres acteurs environnementaux.

Auteur : Joana LEVY
Date : 02-04-2011
Rubrique : Parole aux associations
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