Interview de Romain Pirard, chercheur sur le Climat et les Forêts
Romain Pirard est un chercheur qui travaille sur les thèmes du Climat et des Forêts dans un institut de recherche français très orienté sur les relations internationales : IDDRI. Il nous présente ici son point de vue et les informations importantes à connaitre sur cette double thématique complexe et extrêmement importante.
La rédaction : Les changements climatiques affecteront-ils les forêts dans le monde ? Avec quelles conséquences ?
Romaine Pirard : En tant qu’écosystème, les forêts de par le monde seront nécessairement affectées par les conditions climatiques, que ce soit la température ou le régime des pluies, ou toute autre variable d’un régime climatique. Ce qui pose question est l’ampleur des changements occasionnés, dont il serait d’ailleurs erroné de dire qu’ils seront nécessairement négatifs. Le degré de changement variera donc en fonction de plusieurs choses, dont les suivantes ne représentent pas une liste exhaustive : la composition de la forêt (une grande diversité existe en termes d’espèces, densité, diversité génétique, etc.) ; le changement climatique dans la zone (le changement climatique est tout sauf homogène, on parle d’ailleurs de changements climatiques au pluriel) ; les activités humaines qui « perturbent » l’impact d’un changement climatique donné sur une forêt donnée (par exemple les experts sont incertains sur l’évolution des forêts de montagne). Pour résumer, les changements climatiques affecteront les forêts dans le monde, mais à des degrés divers et incertains.
La Rédaction : Quels pays/régions seront les plus touchés ?
Romaine Pirard : En raison des incertitudes mentionnées ci-dessus, il est difficile de dire quelles forêts seront les plus touchées. Mais il est clair que l’Amazonie brésilienne est souvent montrée du doigt : le stress hydrique commence déjà à occasionner une mortalité importante qui pourrait s’amplifier à l’avenir (tout en causant des incendies à grande échelle).
La Rédaction : Existe-t-il des moyens d’adaptation connus ou en cours d’expérimentation ?
Romaine Pirard : Il y a deux questions ici, l’adaptation des hommes au changement climatique par le biais des écosystèmes forestiers, et l’adaptation des forêts au changement climatique. Concernant le premier point, les forêts sont souvent présentées comme cruciales à l’adaptation par le biais du concept de « ecosystem based adaptation », ce qui signifie qu’elles jouent un rôle d’amortisseur des impacts en quelque sorte. Notamment en procurant des sources de produits et / ou revenus variés aux populations avoisinantes.
Concernant le deuxième point, il est généralement admis que la capacité de l’écosystème à s’adapter est liée à sa biodiversité (ne serait-ce que parce qu’il y a un plus grand stock de ressources génétiques à disposition). Notons que les deux points se rejoignent dans la mesure où des forêts qui s’adaptent mieux sont également plus utiles aux hommes dans leur capacité d’adaptation.
La Rédaction : La déforestation est une source d’émissions de GES, dans quelle proportion ? Est-elle en train de diminuer dans le monde ? Quelles sont les principales régions touchées ?
Romain Pirard : La déforestation est clairement une source d’émissions de GES, mais la question de son ampleur est débattue. Il est en effet très difficile de mesurer ces émissions : d’une part il faut connaître l’évolution du couvert forestier, et d’autre part les stocks de carbone dans les forêts qui disparaissent. Or des problèmes de mesure existent aux deux niveaux. Il y a quelques années, les experts avaient tendance à dire que la déforestation représentait entre 18-20% des émissions de GES d’origine anthropique. Ce chiffre est revu à la baisse depuis lors, et certains évoquent plutôt une fourchette 12-15%. Ceci serait dû à deux tendances simultanées : la baisse progressive du rythme annuel de déforestation, et l’augmentation continue des émissions mondiales de GES provenant d’autres sources / secteurs et tout particulièrement la consommation énergétique pour els transports, les bâtiments, etc. Ainsi la part relative des forêts baisse. Les principales régions touchées par la déforestation sont les trois grandes zones tropicales Amazonie, Afrique centrale, Indonésie. C’est ainsi la déforestation spécifiquement tropicale qui explique cette contribution au changement climatique, car les forêts des zones tempérées ou boréales ont plutôt un bilan positif ou en équilibre.
La Rédaction : Les forêts sont considérées comme une des solutions pour « capturer » du carbone, qu’en est-il ? Est-ce qu’il peut y avoir des politiques de reforestation à des fins de lutte contre les émissions de GES ?
Romain Pirard : A l’inverse de la déforestation qui concourt à des émissions accrues de GES, le (re)boisement des terres permet de séquestrer du carbone et donc de contribuer à la lutte contre le changement climatique. Mais il faut être attentif à plusieurs choses. Tout particulièrement en zone tropicale où une terre dégradée va observer un recrû végétal spontané : sans aucune intervention de l’homme, la forêt va se reconstituer. Ainsi, participer à une activité de plantation ne signifie pas que l’intégralité des stocks de carbone séquestrés puisse être justement attribuée à l’homme, puisque le boisement aurait eu lieu de manière naturelle.
Il faut également être attentif au fait que ces efforts de séquestration ne doivent aucunement se substituer à des efforts de réduction des émissions de GES dans les différents secteurs d’activité de l’économie, autrement cela représenterait un effort plutôt contre-productif. Ceci est d’autant plus vrai que d’une part les nouvelles forêts pourront péricliter à l’avenir avec une pression de l’homme notamment pour l’agriculture, et d’autre part le (re)boisement dans un site donné peut engendrer un déboisement ailleurs par un effet de « fuite ».
La Rédaction : La « compensation carbone » est un moyen de financer ces plantations, qu’en pensez-vous ?
Romain Pirard : La compensation carbone cumule plusieurs risques déjà identifiés ci-dessus, et à ce titre doit être considérée avec beaucoup de précautions. Elle est peu régulée par principe, puisqu’elle ne participe pas d’un effort collectif et organisé de lutte contre le changement climatique, et il est donc difficile de se prémunir contre les risques de « greenwashing » (logique d’affichage qui ne correspondrait pas à des réductions réelles). En outre, elle a tendance à encourager une action individuelle qui ne peut se substituer à l’action collective et concertée sur cette question globale, et à divertir l’attention des questions clés de mode de développement et de consommation.
La Rédaction : Plusieurs ONG dénoncent des plantations d’arbres inadaptés au terrain et à la biodiversité, avec un bilan écologique très négatif, qu’en est-il ? Est-ce qu’il y a un risque de préférer des essences très productives et consommatrice de CO2 (eucalyptus, acacia…) au risque de détruire les sols et la biodiversité ? Est-ce une menace réelle ?
Romain Pirard : Cette menace existe sur le papier et en théorie, car il peut s’avérer en effet plus productif de planter certaines espèces à croissance rapide que des écosystèmes plus complexes. Après, il est également bien réel que les investisseurs doivent composer avec des questions sociales qui les incitent à ne pas se lancer dans des expérimentations hasardeuses.
La Rédaction : Parlons de vous, du chercheur, quels sont vos thèmes exacts de recherche ? Pourquoi les avez-vous choisis spécifiquement ?
Romain Pirard : Mes recherches depuis quelques années portent sur les dynamiques de déforestation tropicale, et les remèdes potentiels à y apporter. En particulier, comment un mécanisme tel que REDD (Réduction des Emissions de la Déforestation et la Dégradation) dans le cadre de la Convention Climat permettrait de contribuer à la résolution du problème sur la base d’un soutien financier aux pays tropicaux / en développement. En outre, les évaluations économiques appliquées à l’environnement, services écosystémiques et biodiversité font partie de mes préoccupations, ainsi que divers instruments économiques de conservation.
La Rédaction : Qu’apporte un chercheur à la réflexion mondiale (des citoyens, des élus, des fonctionnaires internationaux…) et internationale sur ces questions liant climat et forêts ?
Romain Pirard : Un chercheur a comme objectif prioritaire de diffuser des analyses aussi neutres que possibles dans des journaux scientifiques. Ses analyses peuvent aussi être vulgarisées par le biais d’autres produits qui seront plus accessibles aux décideurs. De nombreuses réunions et ateliers sont aussi organisées qui permettent aux scientifiques de diffuser leurs analyses auprès de parties prenantes diverses et variées, dans le cadre d’un grand jeu d’influence. C’est donc une pièce du puzzle, qui a l’avantage de la crédibilité non partisane (ce qui ne signifie par que le chercheur n’est pas soumis à diverses influences idéologiques) mais l’inconvénient de ne pas toujours savoir comment rendre son message compréhensible et audible à un auditoire moins spécialisé.
La Rédaction : Portez-vous, personnellement, en tant qu’expert, des propositions d’actions publiques (mondiales, nationales, locales) sur les forêts dans un objectif d’adaptation et/ou de lutte contre les changements climatiques ?
Romain Pirard : En effet, j’ai développé au cours de mes recherches certaines analyses en lesquelles je crois profondément. Je les porte dès que je le peux, tout en sachant qu’une seule vérité n’existe pas et qu’il faut rester ouvert aux arguments des tenants des autres positions existantes. Le doute doit être au cœur de la démarche de recherche, tout en poussant autant que possible certaines conclusions qui nous paraissent particulièrement robustes et utiles. Dans mon cas, il s’agit de mettre l’accent sur un certain mode de financement de REDD, certains instruments de mise en œuvre de l’action sur le terrain, le rôle de l’agriculture dans la conservation forestière, ou encore les limites des évaluations économiques pour la décision.
La Rédaction : Vous considérez-vous comme un expert-militant, c’est-à-dire porteur d’une vision, d’actions, d’idées, de projets ?
Romain Pirard : Je me considère comme un chercheur ayant développé certaines analyses convaincues, mais qui se doit de garder une méthode de travail spécifique au monde de la recherche, et qui permet de garder ma crédibilité.
La Rédaction : Un mot sur votre institut (IDDRI) : quels sont ses objectifs, ses actions ?
Romain Pirard : L’IDDRI est une institution à l’interface de la recherche et de la décision, ayant pour mission d’éclairer la prise de décision politique. Nous devons donc être en mesure d’identifier les questions clés en termes de développement durable, puis conduire et livrer nos analyses sur ces questions. C’est donc une démarche ouverte sur le monde et les questions importantes du moment, dans ce sens c’est une recherche aussi appliquée que possible. Par ailleurs, ce positionnement à l’interface nous conduit à stimuler autant que possible le débat et la discussion, et donc d’organiser un grand nombre d’évènements qui permettent de diffuser les résultats de la recherche afin de mener aux bonnes décisions.
La rédaction : Les changements climatiques affecteront-ils les forêts dans le monde ? Avec quelles conséquences ?
Romaine Pirard : En tant qu’écosystème, les forêts de par le monde seront nécessairement affectées par les conditions climatiques, que ce soit la température ou le régime des pluies, ou toute autre variable d’un régime climatique. Ce qui pose question est l’ampleur des changements occasionnés, dont il serait d’ailleurs erroné de dire qu’ils seront nécessairement négatifs. Le degré de changement variera donc en fonction de plusieurs choses, dont les suivantes ne représentent pas une liste exhaustive : la composition de la forêt (une grande diversité existe en termes d’espèces, densité, diversité génétique, etc.) ; le changement climatique dans la zone (le changement climatique est tout sauf homogène, on parle d’ailleurs de changements climatiques au pluriel) ; les activités humaines qui « perturbent » l’impact d’un changement climatique donné sur une forêt donnée (par exemple les experts sont incertains sur l’évolution des forêts de montagne). Pour résumer, les changements climatiques affecteront les forêts dans le monde, mais à des degrés divers et incertains.
La Rédaction : Quels pays/régions seront les plus touchés ?
Romaine Pirard : En raison des incertitudes mentionnées ci-dessus, il est difficile de dire quelles forêts seront les plus touchées. Mais il est clair que l’Amazonie brésilienne est souvent montrée du doigt : le stress hydrique commence déjà à occasionner une mortalité importante qui pourrait s’amplifier à l’avenir (tout en causant des incendies à grande échelle).
La Rédaction : Existe-t-il des moyens d’adaptation connus ou en cours d’expérimentation ?
Romaine Pirard : Il y a deux questions ici, l’adaptation des hommes au changement climatique par le biais des écosystèmes forestiers, et l’adaptation des forêts au changement climatique. Concernant le premier point, les forêts sont souvent présentées comme cruciales à l’adaptation par le biais du concept de « ecosystem based adaptation », ce qui signifie qu’elles jouent un rôle d’amortisseur des impacts en quelque sorte. Notamment en procurant des sources de produits et / ou revenus variés aux populations avoisinantes.
Concernant le deuxième point, il est généralement admis que la capacité de l’écosystème à s’adapter est liée à sa biodiversité (ne serait-ce que parce qu’il y a un plus grand stock de ressources génétiques à disposition). Notons que les deux points se rejoignent dans la mesure où des forêts qui s’adaptent mieux sont également plus utiles aux hommes dans leur capacité d’adaptation.
La Rédaction : La déforestation est une source d’émissions de GES, dans quelle proportion ? Est-elle en train de diminuer dans le monde ? Quelles sont les principales régions touchées ?
Romain Pirard : La déforestation est clairement une source d’émissions de GES, mais la question de son ampleur est débattue. Il est en effet très difficile de mesurer ces émissions : d’une part il faut connaître l’évolution du couvert forestier, et d’autre part les stocks de carbone dans les forêts qui disparaissent. Or des problèmes de mesure existent aux deux niveaux. Il y a quelques années, les experts avaient tendance à dire que la déforestation représentait entre 18-20% des émissions de GES d’origine anthropique. Ce chiffre est revu à la baisse depuis lors, et certains évoquent plutôt une fourchette 12-15%. Ceci serait dû à deux tendances simultanées : la baisse progressive du rythme annuel de déforestation, et l’augmentation continue des émissions mondiales de GES provenant d’autres sources / secteurs et tout particulièrement la consommation énergétique pour els transports, les bâtiments, etc. Ainsi la part relative des forêts baisse. Les principales régions touchées par la déforestation sont les trois grandes zones tropicales Amazonie, Afrique centrale, Indonésie. C’est ainsi la déforestation spécifiquement tropicale qui explique cette contribution au changement climatique, car les forêts des zones tempérées ou boréales ont plutôt un bilan positif ou en équilibre.
La Rédaction : Les forêts sont considérées comme une des solutions pour « capturer » du carbone, qu’en est-il ? Est-ce qu’il peut y avoir des politiques de reforestation à des fins de lutte contre les émissions de GES ?
Romain Pirard : A l’inverse de la déforestation qui concourt à des émissions accrues de GES, le (re)boisement des terres permet de séquestrer du carbone et donc de contribuer à la lutte contre le changement climatique. Mais il faut être attentif à plusieurs choses. Tout particulièrement en zone tropicale où une terre dégradée va observer un recrû végétal spontané : sans aucune intervention de l’homme, la forêt va se reconstituer. Ainsi, participer à une activité de plantation ne signifie pas que l’intégralité des stocks de carbone séquestrés puisse être justement attribuée à l’homme, puisque le boisement aurait eu lieu de manière naturelle.
Il faut également être attentif au fait que ces efforts de séquestration ne doivent aucunement se substituer à des efforts de réduction des émissions de GES dans les différents secteurs d’activité de l’économie, autrement cela représenterait un effort plutôt contre-productif. Ceci est d’autant plus vrai que d’une part les nouvelles forêts pourront péricliter à l’avenir avec une pression de l’homme notamment pour l’agriculture, et d’autre part le (re)boisement dans un site donné peut engendrer un déboisement ailleurs par un effet de « fuite ».
La Rédaction : La « compensation carbone » est un moyen de financer ces plantations, qu’en pensez-vous ?
Romain Pirard : La compensation carbone cumule plusieurs risques déjà identifiés ci-dessus, et à ce titre doit être considérée avec beaucoup de précautions. Elle est peu régulée par principe, puisqu’elle ne participe pas d’un effort collectif et organisé de lutte contre le changement climatique, et il est donc difficile de se prémunir contre les risques de « greenwashing » (logique d’affichage qui ne correspondrait pas à des réductions réelles). En outre, elle a tendance à encourager une action individuelle qui ne peut se substituer à l’action collective et concertée sur cette question globale, et à divertir l’attention des questions clés de mode de développement et de consommation.
La Rédaction : Plusieurs ONG dénoncent des plantations d’arbres inadaptés au terrain et à la biodiversité, avec un bilan écologique très négatif, qu’en est-il ? Est-ce qu’il y a un risque de préférer des essences très productives et consommatrice de CO2 (eucalyptus, acacia…) au risque de détruire les sols et la biodiversité ? Est-ce une menace réelle ?
Romain Pirard : Cette menace existe sur le papier et en théorie, car il peut s’avérer en effet plus productif de planter certaines espèces à croissance rapide que des écosystèmes plus complexes. Après, il est également bien réel que les investisseurs doivent composer avec des questions sociales qui les incitent à ne pas se lancer dans des expérimentations hasardeuses.
La Rédaction : Parlons de vous, du chercheur, quels sont vos thèmes exacts de recherche ? Pourquoi les avez-vous choisis spécifiquement ?
Romain Pirard : Mes recherches depuis quelques années portent sur les dynamiques de déforestation tropicale, et les remèdes potentiels à y apporter. En particulier, comment un mécanisme tel que REDD (Réduction des Emissions de la Déforestation et la Dégradation) dans le cadre de la Convention Climat permettrait de contribuer à la résolution du problème sur la base d’un soutien financier aux pays tropicaux / en développement. En outre, les évaluations économiques appliquées à l’environnement, services écosystémiques et biodiversité font partie de mes préoccupations, ainsi que divers instruments économiques de conservation.
La Rédaction : Qu’apporte un chercheur à la réflexion mondiale (des citoyens, des élus, des fonctionnaires internationaux…) et internationale sur ces questions liant climat et forêts ?
Romain Pirard : Un chercheur a comme objectif prioritaire de diffuser des analyses aussi neutres que possibles dans des journaux scientifiques. Ses analyses peuvent aussi être vulgarisées par le biais d’autres produits qui seront plus accessibles aux décideurs. De nombreuses réunions et ateliers sont aussi organisées qui permettent aux scientifiques de diffuser leurs analyses auprès de parties prenantes diverses et variées, dans le cadre d’un grand jeu d’influence. C’est donc une pièce du puzzle, qui a l’avantage de la crédibilité non partisane (ce qui ne signifie par que le chercheur n’est pas soumis à diverses influences idéologiques) mais l’inconvénient de ne pas toujours savoir comment rendre son message compréhensible et audible à un auditoire moins spécialisé.
La Rédaction : Portez-vous, personnellement, en tant qu’expert, des propositions d’actions publiques (mondiales, nationales, locales) sur les forêts dans un objectif d’adaptation et/ou de lutte contre les changements climatiques ?
Romain Pirard : En effet, j’ai développé au cours de mes recherches certaines analyses en lesquelles je crois profondément. Je les porte dès que je le peux, tout en sachant qu’une seule vérité n’existe pas et qu’il faut rester ouvert aux arguments des tenants des autres positions existantes. Le doute doit être au cœur de la démarche de recherche, tout en poussant autant que possible certaines conclusions qui nous paraissent particulièrement robustes et utiles. Dans mon cas, il s’agit de mettre l’accent sur un certain mode de financement de REDD, certains instruments de mise en œuvre de l’action sur le terrain, le rôle de l’agriculture dans la conservation forestière, ou encore les limites des évaluations économiques pour la décision.
La Rédaction : Vous considérez-vous comme un expert-militant, c’est-à-dire porteur d’une vision, d’actions, d’idées, de projets ?
Romain Pirard : Je me considère comme un chercheur ayant développé certaines analyses convaincues, mais qui se doit de garder une méthode de travail spécifique au monde de la recherche, et qui permet de garder ma crédibilité.
La Rédaction : Un mot sur votre institut (IDDRI) : quels sont ses objectifs, ses actions ?
Romain Pirard : L’IDDRI est une institution à l’interface de la recherche et de la décision, ayant pour mission d’éclairer la prise de décision politique. Nous devons donc être en mesure d’identifier les questions clés en termes de développement durable, puis conduire et livrer nos analyses sur ces questions. C’est donc une démarche ouverte sur le monde et les questions importantes du moment, dans ce sens c’est une recherche aussi appliquée que possible. Par ailleurs, ce positionnement à l’interface nous conduit à stimuler autant que possible le débat et la discussion, et donc d’organiser un grand nombre d’évènements qui permettent de diffuser les résultats de la recherche afin de mener aux bonnes décisions.
Auteur : Martin DURIGNEUX
Date : 18-01-2012
Thématique principale : Agriculture, pêche, sylviculture
Thématique(s) secondaire(s) : Changements climatiques •
Pollution, dégradation, destruction de la nature