CO2 Solidaire : compenser pour une solidarité climatique
Co2 Solidaire est un service de compensation carbone proposée par une ONG écologiste, le Groupe Énergies Renouvelables Environnement et Solidarités, qui agit depuis plus d’une trentaine d’années dans le domaine du développement et de la préservation de la Nature. Décryptage avec leur équipe afin de mieux comprendre la compensation carbone !
La Rédaction : Co2 Solidaire (www.co2solidaire.org) est un moyen de « compensation carbone » ; première question qu’est-ce que la compensation carbone et quelle est son utilité ?
Co2 Solidaire : Imaginons que vous soyez une entreprise, une association ou bien un individu, vous agissez au quotidien pour limiter vos émissions de gaz à effet de serre (GES). Vous veillez à limiter vos consommations énergétiques, à privilégier des modes de transports peu émetteurs en CO2, à choisir de partir en vacances moins loin et plus longtemps, ou encore à trier vos déchets… Mais des émissions de GES subsistent.
La compensation carbone consiste à financer sur un projet qui évite des émissions de CO2 (substitution d’énergie fossile par une énergie d’origine renouvelable, efficacité énergétique, etc…) une quantité équivalente à l’ensemble ou à une partie de vos propres émissions de GES.
Son utilité se résume, selon nous à 2 niveaux :
Au Nord : Sensibiliser sur notre responsabilité historique dans les changements climatiques et à la vulnérabilité des populations du Sud face à ceux-ci.
Au Sud : Apporter un financement complémentaire à des programmes de développement qui réduise la pauvreté tout en luttant contre les changements climatiques.
La Rédaction : Comment sont calculées les émissions de C02 (et autre GES) et comment détermine-t-on le prix à payer afin de les compenser ?
Co2 Solidaire : Les émissions de GES sont calculées sur la base de facteurs d’émissions approuvés par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). Les facteurs d’émissions permettent de savoir combien de téqCO2*sont émises pour un Km parcouru en voiture, en train ou en avion, pour un kWh consommé, pour un kg de papier ou encore pour un euro dépensé en cartouche d’encre.
Au GERES, le prix de la téqCO2* a compenser est définie en fonction des autres financements, notamment institutionnels, dont nous bénéficions sur le projet soutenu et du nombre de téqCO2 que nous éviterons sur ce même projet.
*La Tonne équivalent CO2 est une unité de mesure qui prend en compte l’ensemble des GES d’origine humaine responsables des changements climatiques.
La Rédaction : Co2 Solidaire propose de la « solidarité climatique » et non une simple compensation carbone ; qu’est-ce que cela signifie ? Vous parlez de dépasser une compensation uniquement environnementale, qu’est ce que cela signifie ?
Co2 Solidaire : La compensation doit dépasser sa dimension environnementale. La crise climatique actuelle doit prendre un visage humain : les populations les moins responsables sont les plus durement touchées par les conséquences des changements climatiques. C’est ce constat qui sous-tend la notion de justice climatique. Ainsi, la Solidarité climatique conjugue deux démarches : la réduction de nos propres émissions au Nord, essentielle, et le soutien à un projet de développement économe en CO2 au Sud qui vise en premier lieu à aider les populations vulnérables à faire face aux dérèglements climatiques.
Ce principe priorise la cohérence de l’action : réduire à la source ses propres émissions. La compensation ne doit pas s’apparenter à de l’achat de conscience. Elle ne doit pas non plus se résumer à du CO2 car le climat fait partie intégrante d’une politique de développement socio-économique.
Il existe une interaction très forte entre climat, énergie et développement. L’accès à l’énergie est un levier indissociable de l’amélioration des conditions de vie des populations. Accéder à l’énergie c’est favoriser l’accès à l’éducation, la santé, c’est favoriser la création génératrice de revenus, ou encore préserver la biodiversité. Enfin, traiter du sujet de l’énergie, c’est prendre en compte les facteurs de l’évolution du climat.
La Rédaction : Pouvez-vous nous donner des exemples de projets où sont utilisés les fonds issus de la compensation carbone ?
Co2 Solidaire : Le GERES existe depuis 35 ans et notre expertise est l’accès à énergie et plus particulièrement dans l’habitat et les équipements de cuisson. Ainsi nous proposons la compensation sur 3 de nos 40 projets. La finance carbone n’étant pas une finalité mais bien un moyen de cofinancer une diffusion large de solutions énergétiques.
Deux projets, en Himalaya Indien et en Afghanistan, concernent l’amélioration de la consommation énergétique de l’habitat par l’intégration de solutions bioclimatiques : gain direct, mur solaire et surtout véranda (ou serre attachée). Les bénéficiaires gagnent jusqu’à 15°C en intérieur, ce qui limite de fait la consommation de bois dans un pays où les ressources forestières ont quasiment disparues. Cette solution limite par ailleurs les fumées intérieures nocives responsables selon l’OMS de 2 millions de décès chaque année dans les pays du Sud. Ainsi, au Ladakh, l’intégration de serre attachée dans les bâtiments existants ont permis de diviser par deux les visites médicales !
L’autre projet proposé à la compensation consiste en la diffusion de foyers améliorés destinés à la cuisson domestique au Cambodge. Il permet aux ménages de réaliser des économies sur l’énergie (principal poste de dépenses d’un ménage). En milieu rural, les économies d’énergie se traduisent par la réduction du temps de collecte du bois, une tache pénible qui concerne principalement les femmes et les enfants. Ce projet mis en œuvre par le GERES sur le terrain depuis 1997 constitue le programme de diffusion de fours améliorés le plus important au monde avec 1,3 millions de fours vendus depuis 2002 ! 50% de la population urbaine cambodgienne utilise ce four et la filière de production et de distribution est entièrement intégrée à l’économie locale.
La Rédaction : Pourquoi le GERES propose-t-il ce moyen de compensation carbone ? En existe-t-il d’autres, proposés par d’autres ONG ou entreprises ?
Co2 Solidaire : Le GERES était la première ONG française à accéder à ce qu’on appelle la finance carbone, c’est-à-dire le financement de programmes de développement par la vente de crédits carbone*.
A l’époque, en 2004, nous cherchions à diffuser nationalement le four de cuisson que nous avions validé avec les acteurs locaux au Cambodge. Les financements de l’Union Européenne étant arrivés à expiration, nous sommes allés chercher ce type d’autofinancement.
La compensation carbone est d’abord un moyen de cofinancement de nos projets, elle vient en complément d’autres soutiens, notamment institutionnels et privés. A l’échelle du projet, le financement carbone permet la diffusion à grande échelle d’une solution éprouvée sur une zone pilote, de manière à ce que l’ensemble d’une population puisse bénéficier d’une technologie participant à l’amélioration de leur conditions de vie.
La génération de crédits « carbone » issus de projets de développement n’est pas une finalité pour le GERES, bien au contraire, il constitue un moyen pour pérenniser la diffusion de solutions énergétiques visant à réduire la pauvreté.
Plus de 35 organisations proposent de la compensation carbone aujourd’hui en France. 95% sont des entreprises qui ont le rôle d’intermédiaires : elles achètent en gros volume des crédits carbone pour ensuite les revendre au détail.
Nous sommes une exception en France puisque nous sommes à but non lucratif, que 88 % du montant financier de votre compensation est affecté au projet et surtout parce que nous sommes le seul opérateur dont la mission première est de mettre en œuvre des projets de développement, pas de vendre des crédits carbone.
*1 crédit carbone=1 téqCO2 évitée sur un projet
La Rédaction : Le GERES est une ONG expérimentée (30 ans d’expérience) qui a réalisé de nombreux projets de terrain à travers le monde, est-ce un avantage ? Cela garantit-il une meilleure utilisation des ressources des compensations ?
Co2 Solidaire : En limitant les intermédiaires, vous maximiser effectivement le prix du crédit et une plus grande part de votre soutien part sur le terrain, c’est un fait. Notre avantage est d’agir sur l’ensemble de la chaîne de la finance carbone : de l’élaboration d’un programme de développement jusqu’au montage d’un partenariat avec une entreprise.
De nombreux combats sont à mener aujourd’hui : permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à la finance carbone (3% des projets MDP* en Afrique, qui demeure la continent le plus vulnérable !), promouvoir une finance carbone au service d’un développement réel et sortir des projets purement environnementaux, favoriser le transfert d’information au Sud sur ce moyen financement innovant, informer également au Nord sur ce qu’est un « bon » programme de compensation, c’est-à-dire un programme à forte composante sociale, mais aussi éviter que cette compensation ne soit un échappatoire à notre responsabilité n°1 : réduire nos émissions de GES à la source.
En ce sens, l’opérateur de compensation à une responsabilité qu’il se doit d’endosser.
La Rédaction : Dans ce domaine de la compensation carbone, de vives critiques sont émises (ou ont été émises) contre des opérateurs qui proposent de compenser à moindre coûts mais qui utilise des essences d’arbres inadaptées aux territoires parce qu’elles poussent plus vite et séquestre d’importantes quantités de CO2 (Eucalyptus, bambou…) ; qu’en pensez-vous ? Où en est-on actuellement ?
Co2 Solidaire : La compensation des émissions par la plantation d’arbres a été actée mais fortement limitée dans le cadre des accords de Marrakech en 2001, qui définissent le fonctionnement des projets MDP. D’ailleurs le marché européen du carbone, l’EU ETS n’accepte pas les crédits dits forestiers, c’est-à-dire issus de projet de reforestation. Les problèmes qui entourent la reforestation sont :
• Le temps de séquestration du carbone : de 50 à 100 ans pour certaines essences d’arbres.
• Le type d’arbre planté : si on cherche à stocker un maximum de carbone, on va partir sur des arbres à croissance rapide, la plupart du temps non adaptés à l’écosystème local. Ainsi des arbres qui doivent a priori lutter contre le changement climatiques peuvent dégrader l’environnement (perte de fertilité des sols, développement de maladies, de nuisibles…)
• L’accaparement des terres du Sud par le Nord sur l’autel de la lutte contre le contre le changement climatique. C’est malheureusement ce à quoi nous assistons ces derniers temps.
Mais attention, nous ne cherchons pas à stigmatiser la reforestation et reboisement. Ceux-ci ont un intérêt considérable dans les pays où les ressources en énergie dépendent de la forêt. Le reboisement aide au maintien du sol, de la biodiversité, et est donc directement lié à la sécurité alimentaire. Le problème reste de faire exclusivement du carbone avec la forêt.
La Rédaction : Vous dénoncez le terme de « neutralité carbone » que permettrait la compensation, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous choque/gène dans ce terme ?
Co2 Solidaire : La neutralité carbone ne s’atteint que grâce à la compensation. Elle peut être critiquée pour les raisons suivantes :
- Aspect physique : nous savons à peu près mesurer l’impact global de nos émissions par postes (transports, conso énergétiques, de papier, etc…) mais certains facteurs d’émissions affichent des taux d’incertitude de plus de 50% ! Même l’inventaire français des émissions de GES (réalisé par le CITEPA) fait état d’un taux d’incertitude de 18% ! Dans ce sens, il me parait inconcevable et malhonnête d’atteindre une neutralité, synonyme de perfection.
- Aspect communication : la neutralité carbone ne valorise pas les efforts de réduction des émissions de GES d’une entreprise qu’elle réalise à la source. Ainsi, une structure qui voit ses émissions croitre pourra toujours être neutre en carbone, il suffira simplement qu’elle augmente le montant du chèque !
- Aspect éthique : Elle donne la voie à toutes sorte de greenwashing puisqu’aujourd’hui certains rallyes automobiles ou encore de F1 s’affichent neutre en carbone alors qu’ils promeuvent la surconsommation d’énergie fossile.
La neutralité carbone traduit une sorte d’impunité climatique qui ne peut exister sur une planète où nous, au Nord, sommes les premiers responsables de l’emballement climatique actuel. Elle constitue un privilège pour les populations des pays industrialisés.
La Rédaction : Pour mieux connaitre les « compensateurs » : qui sont vos clients ? Des particuliers ? Des entreprises ? Des ONG ? Des administrations ?
Co2 Solidaire : Nous parlons plutôt de partenaires car, pour apporter une nuance, nous ne vendons de crédits « carbone » mais les annulons de notre registre, de notre « compte carbone ». Ce que nous proposons en premier lieu c’est le soutien financier à l’un des projets du GERES. Ce financement est calculé sur la base du coup d’abattement d’une tonne de CO2 sur ce projet. D’où le fait que nous proposons des conventions de mécénat à nos entreprises partenaires.
Pour répondre à votre question, il n’y a pas de profils spécifiques qui ressortent des 120 entreprises partenaires de CO2Solidaire. On retrouve une majorité de Bureaux d’études spécialisés en conseil environnemental (25 au total), puis des tours opérateurs spécialisés, beaucoup étant dans tourisme responsable, des grands groupes internationaux (Danone, Gemalto, Geodis-Wilson, Bouygues construction) comme des PME/TPE dans les services, l’internet, la mode, des institutions publiques, des associations…
Bref, toute une diversité d’acteurs représentative d’une volonté d’agir collectivement au service de la Solidarité climatique.
Nous veillons enfin à laisser la porte ouverte au plus petit avec un minimum de soutien financier de 100€.
La Rédaction : Pour un webmagazine comme le notre, est-il possible de mesurer notre impact carbone et de compenser auprès de Co2 solidaire ?
Co2 Solidaire : Tout peut être compensé car chacune de nos activités émettent du CO2, jusqu’à respirer ! ;-)
Mais le but reste de financer un projet de développement réellement bénéfique pour les populations locales, tant au niveau social qu’économique.
Alors oui, votre impact peut être mesuré de façon globale et imprécise mais elle aura le mérite de vous permettre de savoir où doivent porter vos efforts en matière de réduction de cet impact.
La Rédaction : Co2 Solidaire (www.co2solidaire.org) est un moyen de « compensation carbone » ; première question qu’est-ce que la compensation carbone et quelle est son utilité ?
Co2 Solidaire : Imaginons que vous soyez une entreprise, une association ou bien un individu, vous agissez au quotidien pour limiter vos émissions de gaz à effet de serre (GES). Vous veillez à limiter vos consommations énergétiques, à privilégier des modes de transports peu émetteurs en CO2, à choisir de partir en vacances moins loin et plus longtemps, ou encore à trier vos déchets… Mais des émissions de GES subsistent.
La compensation carbone consiste à financer sur un projet qui évite des émissions de CO2 (substitution d’énergie fossile par une énergie d’origine renouvelable, efficacité énergétique, etc…) une quantité équivalente à l’ensemble ou à une partie de vos propres émissions de GES.
Son utilité se résume, selon nous à 2 niveaux :
Au Nord : Sensibiliser sur notre responsabilité historique dans les changements climatiques et à la vulnérabilité des populations du Sud face à ceux-ci.
Au Sud : Apporter un financement complémentaire à des programmes de développement qui réduise la pauvreté tout en luttant contre les changements climatiques.
La Rédaction : Comment sont calculées les émissions de C02 (et autre GES) et comment détermine-t-on le prix à payer afin de les compenser ?
Co2 Solidaire : Les émissions de GES sont calculées sur la base de facteurs d’émissions approuvés par l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maitrise de l’Energie). Les facteurs d’émissions permettent de savoir combien de téqCO2*sont émises pour un Km parcouru en voiture, en train ou en avion, pour un kWh consommé, pour un kg de papier ou encore pour un euro dépensé en cartouche d’encre.
Au GERES, le prix de la téqCO2* a compenser est définie en fonction des autres financements, notamment institutionnels, dont nous bénéficions sur le projet soutenu et du nombre de téqCO2 que nous éviterons sur ce même projet.
*La Tonne équivalent CO2 est une unité de mesure qui prend en compte l’ensemble des GES d’origine humaine responsables des changements climatiques.
La Rédaction : Co2 Solidaire propose de la « solidarité climatique » et non une simple compensation carbone ; qu’est-ce que cela signifie ? Vous parlez de dépasser une compensation uniquement environnementale, qu’est ce que cela signifie ?
Co2 Solidaire : La compensation doit dépasser sa dimension environnementale. La crise climatique actuelle doit prendre un visage humain : les populations les moins responsables sont les plus durement touchées par les conséquences des changements climatiques. C’est ce constat qui sous-tend la notion de justice climatique. Ainsi, la Solidarité climatique conjugue deux démarches : la réduction de nos propres émissions au Nord, essentielle, et le soutien à un projet de développement économe en CO2 au Sud qui vise en premier lieu à aider les populations vulnérables à faire face aux dérèglements climatiques.
Ce principe priorise la cohérence de l’action : réduire à la source ses propres émissions. La compensation ne doit pas s’apparenter à de l’achat de conscience. Elle ne doit pas non plus se résumer à du CO2 car le climat fait partie intégrante d’une politique de développement socio-économique.
Il existe une interaction très forte entre climat, énergie et développement. L’accès à l’énergie est un levier indissociable de l’amélioration des conditions de vie des populations. Accéder à l’énergie c’est favoriser l’accès à l’éducation, la santé, c’est favoriser la création génératrice de revenus, ou encore préserver la biodiversité. Enfin, traiter du sujet de l’énergie, c’est prendre en compte les facteurs de l’évolution du climat.
La Rédaction : Pouvez-vous nous donner des exemples de projets où sont utilisés les fonds issus de la compensation carbone ?
Co2 Solidaire : Le GERES existe depuis 35 ans et notre expertise est l’accès à énergie et plus particulièrement dans l’habitat et les équipements de cuisson. Ainsi nous proposons la compensation sur 3 de nos 40 projets. La finance carbone n’étant pas une finalité mais bien un moyen de cofinancer une diffusion large de solutions énergétiques.
Deux projets, en Himalaya Indien et en Afghanistan, concernent l’amélioration de la consommation énergétique de l’habitat par l’intégration de solutions bioclimatiques : gain direct, mur solaire et surtout véranda (ou serre attachée). Les bénéficiaires gagnent jusqu’à 15°C en intérieur, ce qui limite de fait la consommation de bois dans un pays où les ressources forestières ont quasiment disparues. Cette solution limite par ailleurs les fumées intérieures nocives responsables selon l’OMS de 2 millions de décès chaque année dans les pays du Sud. Ainsi, au Ladakh, l’intégration de serre attachée dans les bâtiments existants ont permis de diviser par deux les visites médicales !
L’autre projet proposé à la compensation consiste en la diffusion de foyers améliorés destinés à la cuisson domestique au Cambodge. Il permet aux ménages de réaliser des économies sur l’énergie (principal poste de dépenses d’un ménage). En milieu rural, les économies d’énergie se traduisent par la réduction du temps de collecte du bois, une tache pénible qui concerne principalement les femmes et les enfants. Ce projet mis en œuvre par le GERES sur le terrain depuis 1997 constitue le programme de diffusion de fours améliorés le plus important au monde avec 1,3 millions de fours vendus depuis 2002 ! 50% de la population urbaine cambodgienne utilise ce four et la filière de production et de distribution est entièrement intégrée à l’économie locale.
La Rédaction : Pourquoi le GERES propose-t-il ce moyen de compensation carbone ? En existe-t-il d’autres, proposés par d’autres ONG ou entreprises ?
Co2 Solidaire : Le GERES était la première ONG française à accéder à ce qu’on appelle la finance carbone, c’est-à-dire le financement de programmes de développement par la vente de crédits carbone*.
A l’époque, en 2004, nous cherchions à diffuser nationalement le four de cuisson que nous avions validé avec les acteurs locaux au Cambodge. Les financements de l’Union Européenne étant arrivés à expiration, nous sommes allés chercher ce type d’autofinancement.
La compensation carbone est d’abord un moyen de cofinancement de nos projets, elle vient en complément d’autres soutiens, notamment institutionnels et privés. A l’échelle du projet, le financement carbone permet la diffusion à grande échelle d’une solution éprouvée sur une zone pilote, de manière à ce que l’ensemble d’une population puisse bénéficier d’une technologie participant à l’amélioration de leur conditions de vie.
La génération de crédits « carbone » issus de projets de développement n’est pas une finalité pour le GERES, bien au contraire, il constitue un moyen pour pérenniser la diffusion de solutions énergétiques visant à réduire la pauvreté.
Plus de 35 organisations proposent de la compensation carbone aujourd’hui en France. 95% sont des entreprises qui ont le rôle d’intermédiaires : elles achètent en gros volume des crédits carbone pour ensuite les revendre au détail.
Nous sommes une exception en France puisque nous sommes à but non lucratif, que 88 % du montant financier de votre compensation est affecté au projet et surtout parce que nous sommes le seul opérateur dont la mission première est de mettre en œuvre des projets de développement, pas de vendre des crédits carbone.
*1 crédit carbone=1 téqCO2 évitée sur un projet
La Rédaction : Le GERES est une ONG expérimentée (30 ans d’expérience) qui a réalisé de nombreux projets de terrain à travers le monde, est-ce un avantage ? Cela garantit-il une meilleure utilisation des ressources des compensations ?
Co2 Solidaire : En limitant les intermédiaires, vous maximiser effectivement le prix du crédit et une plus grande part de votre soutien part sur le terrain, c’est un fait. Notre avantage est d’agir sur l’ensemble de la chaîne de la finance carbone : de l’élaboration d’un programme de développement jusqu’au montage d’un partenariat avec une entreprise.
De nombreux combats sont à mener aujourd’hui : permettre aux populations les plus vulnérables d’accéder à la finance carbone (3% des projets MDP* en Afrique, qui demeure la continent le plus vulnérable !), promouvoir une finance carbone au service d’un développement réel et sortir des projets purement environnementaux, favoriser le transfert d’information au Sud sur ce moyen financement innovant, informer également au Nord sur ce qu’est un « bon » programme de compensation, c’est-à-dire un programme à forte composante sociale, mais aussi éviter que cette compensation ne soit un échappatoire à notre responsabilité n°1 : réduire nos émissions de GES à la source.
En ce sens, l’opérateur de compensation à une responsabilité qu’il se doit d’endosser.
La Rédaction : Dans ce domaine de la compensation carbone, de vives critiques sont émises (ou ont été émises) contre des opérateurs qui proposent de compenser à moindre coûts mais qui utilise des essences d’arbres inadaptées aux territoires parce qu’elles poussent plus vite et séquestre d’importantes quantités de CO2 (Eucalyptus, bambou…) ; qu’en pensez-vous ? Où en est-on actuellement ?
Co2 Solidaire : La compensation des émissions par la plantation d’arbres a été actée mais fortement limitée dans le cadre des accords de Marrakech en 2001, qui définissent le fonctionnement des projets MDP. D’ailleurs le marché européen du carbone, l’EU ETS n’accepte pas les crédits dits forestiers, c’est-à-dire issus de projet de reforestation. Les problèmes qui entourent la reforestation sont :
• Le temps de séquestration du carbone : de 50 à 100 ans pour certaines essences d’arbres.
• Le type d’arbre planté : si on cherche à stocker un maximum de carbone, on va partir sur des arbres à croissance rapide, la plupart du temps non adaptés à l’écosystème local. Ainsi des arbres qui doivent a priori lutter contre le changement climatiques peuvent dégrader l’environnement (perte de fertilité des sols, développement de maladies, de nuisibles…)
• L’accaparement des terres du Sud par le Nord sur l’autel de la lutte contre le contre le changement climatique. C’est malheureusement ce à quoi nous assistons ces derniers temps.
Mais attention, nous ne cherchons pas à stigmatiser la reforestation et reboisement. Ceux-ci ont un intérêt considérable dans les pays où les ressources en énergie dépendent de la forêt. Le reboisement aide au maintien du sol, de la biodiversité, et est donc directement lié à la sécurité alimentaire. Le problème reste de faire exclusivement du carbone avec la forêt.
La Rédaction : Vous dénoncez le terme de « neutralité carbone » que permettrait la compensation, pouvez-vous nous expliquer ce qui vous choque/gène dans ce terme ?
Co2 Solidaire : La neutralité carbone ne s’atteint que grâce à la compensation. Elle peut être critiquée pour les raisons suivantes :
- Aspect physique : nous savons à peu près mesurer l’impact global de nos émissions par postes (transports, conso énergétiques, de papier, etc…) mais certains facteurs d’émissions affichent des taux d’incertitude de plus de 50% ! Même l’inventaire français des émissions de GES (réalisé par le CITEPA) fait état d’un taux d’incertitude de 18% ! Dans ce sens, il me parait inconcevable et malhonnête d’atteindre une neutralité, synonyme de perfection.
- Aspect communication : la neutralité carbone ne valorise pas les efforts de réduction des émissions de GES d’une entreprise qu’elle réalise à la source. Ainsi, une structure qui voit ses émissions croitre pourra toujours être neutre en carbone, il suffira simplement qu’elle augmente le montant du chèque !
- Aspect éthique : Elle donne la voie à toutes sorte de greenwashing puisqu’aujourd’hui certains rallyes automobiles ou encore de F1 s’affichent neutre en carbone alors qu’ils promeuvent la surconsommation d’énergie fossile.
La neutralité carbone traduit une sorte d’impunité climatique qui ne peut exister sur une planète où nous, au Nord, sommes les premiers responsables de l’emballement climatique actuel. Elle constitue un privilège pour les populations des pays industrialisés.
La Rédaction : Pour mieux connaitre les « compensateurs » : qui sont vos clients ? Des particuliers ? Des entreprises ? Des ONG ? Des administrations ?
Co2 Solidaire : Nous parlons plutôt de partenaires car, pour apporter une nuance, nous ne vendons de crédits « carbone » mais les annulons de notre registre, de notre « compte carbone ». Ce que nous proposons en premier lieu c’est le soutien financier à l’un des projets du GERES. Ce financement est calculé sur la base du coup d’abattement d’une tonne de CO2 sur ce projet. D’où le fait que nous proposons des conventions de mécénat à nos entreprises partenaires.
Pour répondre à votre question, il n’y a pas de profils spécifiques qui ressortent des 120 entreprises partenaires de CO2Solidaire. On retrouve une majorité de Bureaux d’études spécialisés en conseil environnemental (25 au total), puis des tours opérateurs spécialisés, beaucoup étant dans tourisme responsable, des grands groupes internationaux (Danone, Gemalto, Geodis-Wilson, Bouygues construction) comme des PME/TPE dans les services, l’internet, la mode, des institutions publiques, des associations…
Bref, toute une diversité d’acteurs représentative d’une volonté d’agir collectivement au service de la Solidarité climatique.
Nous veillons enfin à laisser la porte ouverte au plus petit avec un minimum de soutien financier de 100€.
La Rédaction : Pour un webmagazine comme le notre, est-il possible de mesurer notre impact carbone et de compenser auprès de Co2 solidaire ?
Co2 Solidaire : Tout peut être compensé car chacune de nos activités émettent du CO2, jusqu’à respirer ! ;-)
Mais le but reste de financer un projet de développement réellement bénéfique pour les populations locales, tant au niveau social qu’économique.
Alors oui, votre impact peut être mesuré de façon globale et imprécise mais elle aura le mérite de vous permettre de savoir où doivent porter vos efforts en matière de réduction de cet impact.
Auteur : Martin DURIGNEUX
Date : 31-01-2012
Thématique principale : Changements climatiques
Thématique(s) secondaire(s) : Economie, commerce, industrie •
Traité internationaux, gestion mondiale des crises environnementales