Vadana Shiva sur les traces de Ganhdi
On la compare parfois en France à José Bové, Vandana Shiva est une militante indienne qui lutte depuis des années pour la reconnaissance des savoirs et des traditions agricoles de son pays. Elle s’est opposée à l’intérêt de plusieurs multinationales pour défendre la nature menacée ainsi que les droits des paysans indiens. Mondialement connue dans le milieu altermondialiste pour ses actions courageuses, elle reste encore peu connue du grand public. Portrait robot d’une militante acharnée.
En mars 1992, interrogée par Le courrier UNESCO, Vandana Shiva parlant de son dernier ouvrage déclarait : « J’ai tenté d’expliquer que je devais ma sagesse à des femmes considérées par la société comme incultes et marginales ». Cette déclaration exprime parfaitement comment se décline la vision écologiste de cette physicienne féministe, elle pense la protection des traditions culturelles comme un principe indissociable de la protection de la nature et des équilibres naturels.
Vandana Shiva commence son chemin par des études dans le domaine nucléaire, études qu’elle pousse jusqu’au doctorat intégrant même une centrale nucléaire en Inde. Sur les conseils de sa sœur médecin, elle commence à s’interroger sur les dangers de la radioactivité pour la santé. Se rendant compte de sa marginalisation, elle décida alors de se lancer dans des recherches plus proches du contexte indien en étudiant la politique de la science et de la technologie. Elle entra alors dans le mouvement Chipko pour la défense de la forêt qui se développait près de chez elle.
La catastrophe de Bhopal est sans doute un autre des tournants qui marquent sa prise de conscience des dangers de cette industrie agroalimentaire mondiale qui produit de puissants et incontrôlés pesticides. Elle déclarait à des journalistes de la chaine Arte : « A Bhopal, les multinationales ont tué des gens par cupidité ». Le 3 décembre 1984 à Bhopal dans le centre du continent Indien, une usine de production de pesticides explosait dégageant un nuage toxique qui tua entre 16000 et 30000 personnes dont environs 10000 la première nuit. Vandana Shiva n’aura de cesse que de demander un procès contre la multinationale Union Carbide Corporation qui n’a pas assuré le minimum de sécurité dans son installation.
Mais c’est à un combat plus large que la mène le mouvement Chipko celui des droits des petits paysans pour préserver leur tradition, leur mode de vie et leur environnement. Elle ne cessera plus de mener ce double combat, celui de la préservation et de la promotion des traditions locales indiennes et celui de la lutte acharnée contre les prétentions des multinationales à posséder tantôt la terre, tantôt la forêt, les semences, les brevets sur les plantes ou encore les nappes phréatiques.
Ce court portrait présente trois des combats écologistes de Vandana Shiva : la lutte contre Coca-Cola et Pepsi Cola, la lutte contre le brevetage du vivant et la lutte contre les organismes génétiquement modifiés (OGM). D’autres parties de la vie et des combats de Vandana Shiva valent vraiment la peine d’être étudiés, sa définition du concept d’éco-féminisme ainsi que son travail de sociologue pour la défense des femmes indiennes marginalisées. Je vous invite à lire les quelques sources en ligne qui développent ce sujet réellement passionnant.
Contre Coca-Cola
Le combat de Vandana Shiva contre Coca-Cola et Pepsi Cola est un combat hautement politique pour défendre les droits des populations du Kerala qui voient les usines de pompage de Coca et de Pepsi prendre entre 1 million et 1,5 million de litres d’eau par jour des nappes phréatiques de la région. Elle définit trois raisons pour ce juste combat : la privation du droit à une eau potable pour les populations devenues incapables de puiser dans les nappes phréatiques asséchées, le rejet par ces usines de produits toxiques dans la région et enfin la nature néfaste pour la santé des sodas.
Les sodas de Coca sont un exemple navrant du gaspillage des ressources clame Vandana Shiva, en effet il faut 9 litres d’eau potable pour faire un litre de soda. Un tel gaspillage est une insulte dans une région où la population n’a plus accès à une eau potable.
Le bio-piratage : s'approprier la nature
Vandana Shiva explique très simplement en quoi consiste le bio-piratage. Il s’agit d’un brevet déposé par une grande entreprise sur un procédé ou une propriété naturelle qu’elle aurait découvert. Une légère modification génétique ou technique d’utilisation du vivant peuvent maintenant donner lieu à un brevet validé par les instances américaines et européennes chargées de la propriété intellectuelle. Le cas le plus incroyable est celui du brevetage d’une utilisation du Margousier, une plante indienne aux très nombreuses propriétés. Une entreprise américaine Grace a breveté la propriété fongicide du Margousier pour s’assurer une exclusivité d’utilisation au niveau mondiale, cependant cette technique était connue depuis des milliers d’années en Inde ! Après des années de bataille juridique, les défenseurs du droit des paysans indiens ont eu raison de la compagnie Grace, avec le retrait du brevet. Cependant, Grass a fait appel, cela n’est peut-être pas encore terminé pour Vandana Shiva et les milliers de paysans indiens qui ont manifesté bruyamment leur colère.
Les OGM : risques environnementaux et risques humains
Son combat contre les OGM de Monsanto est directement lié à sa défense d’une agriculture écologique, traditionnelle qui assure le maintien des équilibres naturels et la survie des petits producteurs agricoles. Elle défend une agriculture faite de métissage des cultures (polyculture) utilisant les techniques traditionnelles pour lutter contre les ravageurs. Une agriculture durable dans le long terme car n’appauvrissant pas les sols et ne détruisant pas la biodiversité naturelle et agricole.
Elle cite cet exemple dramatique de la multiplication des suicides chez les agriculteurs producteurs du coton transgénique de Monsanto qui ont vu leur récolte annuelle anéantie par un ravageur alors que les cotons conventionnels et biologiques survivaient sans difficulté. Incapable de payer leurs emprunts, leurs dettes auprès de Monsanto, ils ne leur restaient plus que la mort. De 2 suicides par an, la région de production du coton en Inde est passée depuis la mise en circulation du coton Monsanto à plus de 1400 suicides.
Vandana Shiva, c’est une vie entière consacrée à lutter pour le droit des minoritaires et des marginalisés de la société indienne, la lutte acharnée contre toutes les tentatives d’appropriation de la terre et de la nature par les grandes entreprises internationales, la liberté des paysans à développer une agriculture de tradition respectueuse de la planète et le simple droit des hommes à évoluer dans un environnement sain et naturel. Un jour certainement, le peuple indien entier, et le monde, lui rendra un de ces émouvants hommages qu’on rend aux héros perspicaces qui ont sauvé ce qu’il fallait quand tout semblait impossible, honteux et perdu.
En mars 1992, interrogée par Le courrier UNESCO, Vandana Shiva parlant de son dernier ouvrage déclarait : « J’ai tenté d’expliquer que je devais ma sagesse à des femmes considérées par la société comme incultes et marginales ». Cette déclaration exprime parfaitement comment se décline la vision écologiste de cette physicienne féministe, elle pense la protection des traditions culturelles comme un principe indissociable de la protection de la nature et des équilibres naturels.
Vandana Shiva commence son chemin par des études dans le domaine nucléaire, études qu’elle pousse jusqu’au doctorat intégrant même une centrale nucléaire en Inde. Sur les conseils de sa sœur médecin, elle commence à s’interroger sur les dangers de la radioactivité pour la santé. Se rendant compte de sa marginalisation, elle décida alors de se lancer dans des recherches plus proches du contexte indien en étudiant la politique de la science et de la technologie. Elle entra alors dans le mouvement Chipko pour la défense de la forêt qui se développait près de chez elle.
La catastrophe de Bhopal est sans doute un autre des tournants qui marquent sa prise de conscience des dangers de cette industrie agroalimentaire mondiale qui produit de puissants et incontrôlés pesticides. Elle déclarait à des journalistes de la chaine Arte : « A Bhopal, les multinationales ont tué des gens par cupidité ». Le 3 décembre 1984 à Bhopal dans le centre du continent Indien, une usine de production de pesticides explosait dégageant un nuage toxique qui tua entre 16000 et 30000 personnes dont environs 10000 la première nuit. Vandana Shiva n’aura de cesse que de demander un procès contre la multinationale Union Carbide Corporation qui n’a pas assuré le minimum de sécurité dans son installation.
Mais c’est à un combat plus large que la mène le mouvement Chipko celui des droits des petits paysans pour préserver leur tradition, leur mode de vie et leur environnement. Elle ne cessera plus de mener ce double combat, celui de la préservation et de la promotion des traditions locales indiennes et celui de la lutte acharnée contre les prétentions des multinationales à posséder tantôt la terre, tantôt la forêt, les semences, les brevets sur les plantes ou encore les nappes phréatiques.
Ce court portrait présente trois des combats écologistes de Vandana Shiva : la lutte contre Coca-Cola et Pepsi Cola, la lutte contre le brevetage du vivant et la lutte contre les organismes génétiquement modifiés (OGM). D’autres parties de la vie et des combats de Vandana Shiva valent vraiment la peine d’être étudiés, sa définition du concept d’éco-féminisme ainsi que son travail de sociologue pour la défense des femmes indiennes marginalisées. Je vous invite à lire les quelques sources en ligne qui développent ce sujet réellement passionnant.
Contre Coca-Cola
Le combat de Vandana Shiva contre Coca-Cola et Pepsi Cola est un combat hautement politique pour défendre les droits des populations du Kerala qui voient les usines de pompage de Coca et de Pepsi prendre entre 1 million et 1,5 million de litres d’eau par jour des nappes phréatiques de la région. Elle définit trois raisons pour ce juste combat : la privation du droit à une eau potable pour les populations devenues incapables de puiser dans les nappes phréatiques asséchées, le rejet par ces usines de produits toxiques dans la région et enfin la nature néfaste pour la santé des sodas.
Les sodas de Coca sont un exemple navrant du gaspillage des ressources clame Vandana Shiva, en effet il faut 9 litres d’eau potable pour faire un litre de soda. Un tel gaspillage est une insulte dans une région où la population n’a plus accès à une eau potable.
Le bio-piratage : s'approprier la nature
Vandana Shiva explique très simplement en quoi consiste le bio-piratage. Il s’agit d’un brevet déposé par une grande entreprise sur un procédé ou une propriété naturelle qu’elle aurait découvert. Une légère modification génétique ou technique d’utilisation du vivant peuvent maintenant donner lieu à un brevet validé par les instances américaines et européennes chargées de la propriété intellectuelle. Le cas le plus incroyable est celui du brevetage d’une utilisation du Margousier, une plante indienne aux très nombreuses propriétés. Une entreprise américaine Grace a breveté la propriété fongicide du Margousier pour s’assurer une exclusivité d’utilisation au niveau mondiale, cependant cette technique était connue depuis des milliers d’années en Inde ! Après des années de bataille juridique, les défenseurs du droit des paysans indiens ont eu raison de la compagnie Grace, avec le retrait du brevet. Cependant, Grass a fait appel, cela n’est peut-être pas encore terminé pour Vandana Shiva et les milliers de paysans indiens qui ont manifesté bruyamment leur colère.
Les OGM : risques environnementaux et risques humains
Son combat contre les OGM de Monsanto est directement lié à sa défense d’une agriculture écologique, traditionnelle qui assure le maintien des équilibres naturels et la survie des petits producteurs agricoles. Elle défend une agriculture faite de métissage des cultures (polyculture) utilisant les techniques traditionnelles pour lutter contre les ravageurs. Une agriculture durable dans le long terme car n’appauvrissant pas les sols et ne détruisant pas la biodiversité naturelle et agricole.
Elle cite cet exemple dramatique de la multiplication des suicides chez les agriculteurs producteurs du coton transgénique de Monsanto qui ont vu leur récolte annuelle anéantie par un ravageur alors que les cotons conventionnels et biologiques survivaient sans difficulté. Incapable de payer leurs emprunts, leurs dettes auprès de Monsanto, ils ne leur restaient plus que la mort. De 2 suicides par an, la région de production du coton en Inde est passée depuis la mise en circulation du coton Monsanto à plus de 1400 suicides.
Vandana Shiva, c’est une vie entière consacrée à lutter pour le droit des minoritaires et des marginalisés de la société indienne, la lutte acharnée contre toutes les tentatives d’appropriation de la terre et de la nature par les grandes entreprises internationales, la liberté des paysans à développer une agriculture de tradition respectueuse de la planète et le simple droit des hommes à évoluer dans un environnement sain et naturel. Un jour certainement, le peuple indien entier, et le monde, lui rendra un de ces émouvants hommages qu’on rend aux héros perspicaces qui ont sauvé ce qu’il fallait quand tout semblait impossible, honteux et perdu.
Auteur : Martin DURIGNEUX
Date : 10-10-2010
Rubrique : Le portrait du dimanche